Φύσις κρύπτεσθαι φιλεῖ

« Les secrets de la nature peuvent donc être considérés comme des parties invisibles, qui échappent à l'observation, mais qui ont une influence sur les phénomènes visibles. L'observation forcée et violente — laisse entendre Cicéron, à la suite des médecins empiristes — risque d'ailleurs de troubler le phénomène qu'elle veut étudier. Ce sera là un argument traditionnel des penseurs hostiles à l'expérimentation. Les choses invisibles peuvent d'ailleurs devenir visibles, comme les comètes, qui, ainsi que le remarque Sénèque, n'apparaissent que rarement et dont nous ignorons la retraite, quand elles nous sont cachées. Mais, continue-t-il, ce ne sont pas les seules réalités dans l'univers qui échappent à nos regards : Bien d'autres êtres nous restent inconnus ou, peut-être, merveille encore plus grande, remplissent à la fois nos yeux et leur échappent. Sont-ils si subtils que l'œil humain ne peut les percevoir ? Ou leur majesté s'est-elle cachée dans une retraite trop sacrée pour l'homme et régissent-ils de là leur domaine, c'est-à-dire eux-mêmes, inaccessibles à tout, sauf à l'esprit. […] » — Pierre Hadot, Le voile d'Isis